01
Généalogie Defline
par bonne Maman
02
Généalogie Delsart
Par Bonne Maman et Jacques Delsart
03
Généalogie Buisseret et de Cornemont
Par bonne Maman et Bon Papa
04
Journal de Germaine Parmentier


Généalogie Jacques et Paule

Généalogie Jacques Delsart

Les DEFLINE
Par Paule Viotte
La généalogie de la famille a été établie aux environs de 1893 par Joseph DEFLINE d'après ses recherches dans les archives des mairies du Nord et de Belgique. Un certain nombre d'actes avaient été réunis. Ils ont Malheureusement disparu car après sa mort, la maison de Bruay a été Démeublée
Il ne subsiste que quelques titres très anciens qui indiqueraient que Les Defline au 16° siècle étaient possesseurs de terrains à Buille St Amand Aussi le procès-verbal d'une assemblée mutualiste fondée par des bateliers De Condé au 19° siècle dont un grand nombre de Defline et apparentés, Enfin, une généalogie recopiée par André Defline fils de Joseph qui malheureusement ne porte ni dates ni lieux précis.
Jean Ferronnière (petit-fils de Joseph) et Paule Defline la femme D'André petit-fils de Joseph ont exploré en 1974-75-76 les archives départe--mentales, celles de Condé sur Escaut, Fresnes et Hergnies et ont pu se procurer beaucoup de détails nouveaux et de précisions quant aux lieux et dates
Le nom de Defline est peu répandu actuellement, mais aux 15° 16° 17° Et 18° siècles on trouve des Defline-de Fline-de Flines - Deflinne - Deflinnes Dans les archives des paroisses du Nord et de Belgique notamment Jemmapes Boussu St Ghislain Gand Tournai; dans cette dernière ville ils sont Magistrats, à Condé sur Escaut bateliers, à Lille différents métiers.
L 'orthographe du nom reste très fantaisiste et sur le même acte d'état-Civil on le voit écrit de différentes façons, la signature de l 'intéressé pouvant Même se différencier du nom écrit par le clerc
D'après Madame Ferronnière, la fille de Joseph Defline la famille Serait originaire de Flines en Belgique, mais Flines les Mortagne port Important de chargement de bateaux peut en être aussi le berceau ; mais il reste Quelques papiers très anciens faisant état de terres à Bruille St Amand et Condé sur Escaut.
Le nom de Fline vient-il de figulina mot latin qui désigne une fabrique De poteries?
Le premier Defline dont on a connaissance : Louis est né le 30 juin 1588. Il est batelier, tous ses descendants le seront jusqu’au milieu du 19eme siècle. Ils seront tous rattachés à Condé qui possède une chambre de navigation où ils sont inscrits
Les bateliers forment une corporation très fermée, leur mode de vie (toujours en déplacements) ne favorise pas les relations avec les sédentaires : artisans, bourgeois ou gens de la terre. Ils se marient exclusivement entre eux, c'est ainsi que regardant les alliances des Defline : Catherine Demoutier Anne Guenin, Marie-Joseph Blassiau, Marie-Claire Wattiau appartiennent toutes à des familles de bateliers ;
Il faut attendre l'Empire, une certaine amélioration du niveau de vie qui entraînent une sédentarisation pour voir Augustin Defline, constructeur De bateaux épouser une fille de cultivateurs Marie Clément, puis Joseph Defline épouser Noémi Chappuy lorraine et bretonne, enfin André qui a voyagé, fréquenté des milieux plus divers que ses pères et aïeux rester.
Fidele en quelque sorte au tempérament de ses ancêtres bateliers qui Craignaient l'inconnu, épouser sa cousine issue de germaine Cécille Delsart Dont il connait parents et ascendants puisqu'ils ont le même arrière grand Père
Ière GENERATION
Defline Louis né le 30 juin 1588 marie avec Bar Isabeau
2eme GENERATION
Defline Jacques né le 16 mai 1615 marié avec Laboureau Marie
3eme GENERATION
Defline Antoine né le 22 mars 1652 batelier marié le 4 septembre 1681 avec Agnès Desableau
4eme GENERATION
Defline Antoine ile premier sur lequel nous ayons quelque renseignement. Il serait né le 18 janvier 1688, mais sur les registres de Condé on trouve aussi un Antoine né le 22 juin 1670.
I l épouse à Conde le 12 mai 1707 Catherine Michèle Destnoutiers On lui connaît 3 enfants
1% Antoine Joseph né en 1707 (qui suiνra)
2% Marie-louise née en 1715 épouse le 3 septembre 1743 Blassian
Jean Baptiste dont on lui connait 2 enfants
3% Anne joseph née en 1723 épouse à Conde Fernez Albert Thomas de son état batelier
En 1740 le nom d'Antoine figure parmi les signataires d'une requête Auprès du subdélégué en faveur d'élections plus justes des maîtres de la Chambre de navigation Nous le retrouverons plus tard sur un état ou figurent Les bateliers ayant convoyé des fourrages à Lille pour le Roi
Veuf il se remarie à 66 ans le 17 septembre 1743 avec Augustine Blez 52 ans veuve de Pierre Flamant batelier. Une convention de mariage est signée devant le notaire Myal de Condé entre les deux époux. Aux termes de cette convention ils reconnaissent devoir à chacun des trois enfants d'Antoine une somme de cent florins payables en plusieurs paiements suivant leur commodité
Augustine Blez reconnait avoir retenu de Simon Tricar feu son mari Un enfant nomme Thomas Joseph âgé de 12 ans 15 auquel elle s'engage à Donner en une foi la somme de 150 florins lorsqu'il aura atteint l'âge de 20 ans Ou de prise d'état honorable jusqu'à quel âge ils s'engagent de le nourrir et alimenter en le faisant aller à l'école, poursuivre son écriture et s'instruire De la foi catholique, apostolique et romaine Lui seront conservés 12
Chemises et 12 cravates venant de son père, Nous pensons donc qu'Augustine Blez en était à son 3eme mariage.
Antoine figure encore sur un état de bateliers allant charger du charbon A Mons le 8 janvier 1745. Il est maître batelier lorsqu'il meurt à Condé âgé de 82 ans le 14 décembre 1755
5eme GÉNÉRATION
Antoine Joseph Defline fils aîné du précédent né en 1707 épouse à Condé sur l'Escaut le 14 février 1736 étant garçon batelier et âgé de 29 Ans Guenin Anne joseph de la paroisse St Wasnon de Condé âgée de 25 Ans fille de Jacques Joseph Guenin et Marie joseph Dehière (ils sont Assistés de Jacques Guerin, Antoine Defline, Adrienne Guenin) du mariage naîtront:
1°/ Jacques Philippe Joseph Defline le 14 mars 1738 (qui suivra)
2/ Louis le 28 août 1739
3% Antoine Albert le 1 octobre 1740
4% Claire Augustine Joseph le 23 mai 1743. Elle épousera le 30 janvier 1770 à Condé Blassiau Michel dont elle aura 5 enfants.
5% Jean François le 30 août 1744.
6°/ Marie Elisabeth ou Isabelle le 5 décembre 1748 elle épouse le 12 janvier 1770 Guerdin Nicolas Jos dont 2 enfants.
En 1740 rappelant qu'il était fils de maître batelier Antoine Joseph Sollicitait son admission à la maîtrise. Il rappelait l'ordonnance du 4 novembre 1718 permettant l'enrôlement de jeunes fils de maîtres bateliers de 3 mois en 3 mois, mais en vain, car devant l'afflux de candidatures et pour ne pas augmenter exagérément le nombre de bateaux, Monseigneur de Séchelles conseiller du Roi, intendant du Haynaut avait promulgué une ordonnance en 1731 pour arrêter les enrôlements. Aussi, malgré l'avis favorable de Jean-Baptiste Defline et Nicolas François Watteau membres de la chambre de navigation, Antoine ne peut obtenir satisfaction.
Avec persévérance il renouvelle sa demande en 1742 arguant de son âge 36 ans, de son mariage depuis 6 ans, 3 enfants à nourrir et la possession d'un bateau.
En 1743 nouvelle demande, il se fait recommander par un Monsieur Doutteville. La chambre de navigation note << sa représentation est juste, pas D'autre métier jusqu'à présent « est cabaretier <<< La même année il est enfin Admis à la maîtrise avec l'appréciation de la chambre de navigation qui Reprenait ses arguments < 36 ans, marié, 3 enfants, est un bon ouvrier pour La conduite des bateaux <<<<
Il meurt à Condé le 9 août 1751.
Sa veuve Anne Jos Guenin 38 ans se remarie le 4 juillet 1754 à Condé Avec Joseph Christophe Bourgeois, batelier, 36 ans, fils de feu Mathias et Marie Catherine Trufin.
6eme GÉNÉRATION
Jacques Philippe Joseph Defline fils aîné du précédent est né à Condé Sur Escaut le 14 mars 1738 de « Antoine Defline de son stil garçon batelier
Et Anne Guenin, le parrain est Jacques Jos Guenin (le grand père)la marraine Marie Magdeleine François de la paroisse de Fresne Le 3 octobre 1769 étant garçon batelier de son stil âgé de 32 ans, fils De feu Antoine Joseph et vivante Anne Guenin il épouse Marie Joseph Blassiau 30 ans fille de Jean Baptiste Blassiau et Antoinette Watteau (bateliers Assistes de: Antoine Jos Guenin Pierre Jos Guenin - Jean Baptiste Jos Blassiau frère de la mariée - Nicolas Jos Tranchant (le marié signe Defline, l'épouse Blassieaux---voir généalogie Blassiau) du mariage naitront : 1º - Antoine Albert Joseph à Condé le 11 mars 1771 2°- Scholastique Alexandrine née à Condé le 15 mars 1772 épouse le 10 germinal an VII à Condé François Joseph Blassiau batelier né à Lille le 2 avril 1773. On leur connaît 2 enfants François Henri né à Condé le 22 pluviose an VIII et Virginie Joseph née à Condé le 22 fructidor an IX Elle meurt à Condé le 11 mars 1846 3º - Jacques Joseph né à Condé le 6 décembre 1773 époux de Marie Claire Wattiau (qui suivra) 4º - Marie Joseph née à Gand lẻ 21 février 1778 morte à Condé le 4 janvier 1738. Epouse à Condé le 13 février 1811 Wasnon Wattiau frère de Marie-Claire né à Condé le 16 avril 1777 il est Maître batelier (voir généalogie Wattiau) constructeur de Bateaux à sa mort le 4 février 1852. 3 enfants : François Edouard, Marie Constance, Elisa. le fils mourra jeune, les deux filles épouseront François et Charlemagne Miroir, deux frères. les familles Defline et Watteau Miroir garderont des liens amicaux. 5° - Fidèle Augustin né à Danlemont le 8 juin 1780 .il est aussi batelier lorsqu'il épouse à Condé le 30 décembre 1807 Marie Antoine Joseph Cardon fille de propriétaire batelier. 6°-Pierre Augustin Constant né à Lille Ste Catherine le 8 juillet 1784 Il est batelier lorsqu'il épouse Henriette Joseph Defline batelière Cousine très éloignée. Ce ménage a cinq enfants mais il n'y aura Plus de descendance à la 3º génération. A/ Zénon Adolphe Constant né à Douai le 16/4/1824, batelier Il épouse le 20 juillet 1859 Eugénie Victorine Amand et meurt A St Saulve le 25 juillet 1892. B/ Adèle Constance Angélique née à Béthune le 15/09/1825 Décédée célibataire à St Saulve le 2 janvier 1911. C/ Adolphe Edmond jules Joseph né à Béthune le 5 juin 1827 Décédé célibataire à St Saulve le 29 mai 1907. D/ Angèle Ambellina Marianne Joseph née à Gand le 15 février 1834, décédée célibataire et centenaire à St Saulve le 1 avril 1934. Elle prétendait n'avoir pas voulu se marier pour ne pas perdre le nom de Defline. E/ Constant Adolphe ch. Joseph né à Mortagne le 4 mars 1837 Décédé célibataire à St Saulve le 11 septembre 1917.
F/ Juvénal né à Pommeroeul (Belgique) en 1840 décédé célibataire à Paris en son domicile 1 rue de la harpe (5°) le 26 janvier 1880
Pierre Augustin est le dernier de la famille a voyager. Il possédait Plusieurs bateaux qu'il faisait conduire par des domestiques (raconte Yvonne Ferronnière). Leurs enfants s'installeront à Paris et à Mons Pour chercher du fret et charger les péniches.
Ils quitteront Paris pour Condé ou ils verront fréquemment leurs Amis Defline. En 1890 ils se retireront à St Saulve et c'est là qu'ils Finiront leurs jours. C'est là aussi que les Defline, Raverdy, St Aubert Iront fêter les 100 ans d'Adèle qui en réalité s'appelle Angèle, encore Très lucide mais prés de sa fin en avril de la même année Jacques Philippe Joseph est toujours garçon batelier, malgré son âge Lors de son mariage avec Marie Joseph Blassiau (3 octobre 1769), pourtant Il a multiplié les demandes d'accession à la maîtrise tant auprès de l'intendant Que de la chambre de navigation.
Le 15 janvier 1766 âgé de 28 ans il expose que son père étant mort il Aurait droit à la maîtrise, mais sa mère, veuve, a épousé en secondes noces le Sieur Bourgeois ancien maître batelier; pourtant il doit vivre séparément de ce Fait, avec ses deux jeunes sœurs et « les nourrir du fruit de son travail, il est le Plus ancien des fils de bateliers maîtres, et il aura un bateau <<. La chambre de Navigation lui donne un avis défavorable car << il n'a que 28 ans il n'est pas le Cadet de ses frères et il y a des candidats plus âgés <<.
En 1767 il renouvèle sa demande indiquant qu'il est né le 30 avril 1738 (il se trompe d'un mois et quinze jours) et répète tous ses arguments. Le 30 avril 1768 il se fait recommander par Monsieur Darzilmont sans résultat, la chambre de navigation note qu'il << est jeune homme et doit attendre son tour <<< pourtant il rappelait une fois de plus qu'il avait perdu son père plusieurs années auparavant, que le remariage de sa mère lui avait fait perdre le droit à la maîtrise, et qu'il travaillait à la sueur de son front pour lui et ses sœurs.
En 1769 sa grand-mère la veuve Jean-Baptiste Duwez maîtresse batelière à Condé intervient à son tour. Elle explique qu'ayant dû abandonner La conduite de son bateau à des étrangers elle se trouve endettée, pour y Remédier elle désire céder son bateau à son petit-fils à charge pour lui de subvenir à son entretien ; il y a droit ajoute-t ‘elle, sa mère ayant transmis sa place à son deuxième mari. Sa constance sera enfin récompensée et lorsqu'il Mourra à Condé en sa maison sise rue du Marais le 22 septembre 1818 ce sera Comme maître batelier.
Son épouse Marie Joseph Blassieau l'avait précédé de peu, elle était morte en la même maison le 7 août 1817 à l’âge de 79 ans.
La succession était réglée par maître Alexis Joseph Mention notaire royal à Condé entre les différents enfants: Jacques Joseph, dame Scholastique Defline veuve de François Blassieau, Marie Jos Defline épouse autorisée et Accompagnée du sieur Wasnon Wattiau (domicilié à Boussu), Pierre Augustin Fidèle Defline, Constant Defline.
A Scholastique revenait la maison sise rue du marais, les autres recevaient chacun un capital de deux mille francs.
7° GENERATION
Jacques Joseph Defline 3eme enfant de Jacques Philippe Joseph et de Marie Joseph Blassieau. Il est né à Condé le 6 décembre 1773 de Jacques Philippe Joseph garçon batelier et de Marie Joseph Blassieau son épouse légitime parrain, Pierre Joseph Guenin maître batelier, marraine Marie Suzanne Jos Guenin femme batelière.
<<«le 30eme jour du mois de floréal an XII à 11h le matin, se marie Jacques Joseph Defline âgé de 30 ans et demy né à Nord libre département du Nord, le 7 du mois de décembre 1773 profession de batelier demeurant au dit Nord libre fils majeur de Jacques Philippe Joseph de même profession et de résidence et de Marie Joseph Blassieau avec Marie Claire Wattiau 28 ans et demy née à Jemmapes département de Jemmapes le 5 du mois d'octobre 1775 Demeurant au dit Nord libre fille majeure de feu François Joseph Wattiau de son vivant batelier de cette commune et de vivante Marie Philippe Dapsence de Cette même résidence.
T.Jean Jos. Desableau 55 ans profession de batelier Pierre Augustin Jos. Noël 37 ans de profession marchand épicier Antoine Armand 36 ans de profession marchand épicier Thomas Wery 37 ans sous greffier de cette mairie
Napoléon vient d'ouvrir un canal de Condé à Mons en 1805, plusieurs Bateliers de Condé et Jacques Joseph est l'un des premiers vont établir des chantiers de construction de péniches, le long de ce canal.
En même temps Jacques Joseph reste propriétaire maître batelier et devient l'un des principaux membres de la Société que viennent de fonder les propriétaires de bateaux. Il en sera même pour un temps Président (ce rappelait Joseph son petit-fils à des amis) que
Cette Société dont nous n'avons pas retrouvé le nom et qui a son siège à Jemmapes, chez un notaire a pour objet une assurance mutuelle contre les accidents. Elle donne à ses actionnaires des billets de garantie et les oblige à en prendre sous peine d'amende et, à la 2eme récidive d'exclusion.
Les assemblées sont tenues à Condé ou à Jemmapes. Le 9 janvier 1829 il y avait en caisse 13.605 F 95 et l'on distribuait aux sociétaires 74.000 F
Précisons qu' a son admission dans la société chaque nouveau venu versait 120 F et que au sein de la société existait une commission composée de deux sociétaires et un charpentier dont la mission était de vérifier le bon état des bateaux.
Jacques Joseph, son frère Pierre Augustin Constant et son père furent administrateurs. En 1832 il y a 92 sociétaires on y trouve tous les noms connus des bateliers de Condé Amand, Blassiau, Cardon, Demarez, Delmez, Drapier, Fernez, Guenin, Guerdin, Peninque, Picard, Sapin, Wattiau, Dapsence. Les Defline y figurent pour 19 bateaux.
En 1826 il existe onze chantiers de construction de bateaux à Condé ils Ont été créés en partie par des anciens bateliers qui ont gardé leur esprit turbulent face aux règlements et au pouvoir.
Dès l'année 1827, pour n'avoir pas respecté l'arrêté préfectoral des 9 juin et 23 octobre 1816 relatif à l'entretien du chemin de halage et au maintien de la distance entre chantier et chemin de halage: Jacques Joseph Defline, François Miroir, Philippe Jos Dervaux, Wasnon et Augustin Wattiau Alexandre Lebrun pour et au nom du sieur Mention, se voient notifier par le piqueur des ponts et chaussées, un procès-verbal. Le piqueur a constaté en effet que les constructions établies le long de l'Escaut près de la porte du Quesnoy ne sont plus conformes aux arrêtés concernant les conditions à respecter par les chantiers : arrêtés toujours en vigueur depuis l'ordonnance de 1699 qui exigeait le maintien d'une distance de 8 mètres entre le chemin de halage et le chantier de construction. De plus les constructeurs encombrent le chemin de halage de leurs outils et pièces et oublient de rétablir le pont après la mise à l'eau de leur bateau.
Un délai de 6 semaines est accordé par le préfet, mais les constructeurs de bateaux n'en tiennent pas compte.
Nouveau procès est dressé: Les ingénieurs en chef des voies navigables Exposent que l'Escaut doit être à la disposition de tous et que par leur sans gêne les constructeurs nuisent au libre usage du chemin de halage.
De leur côté les constructeurs protestent auprès du Préfet de l'impossibilité ou ils sont de réaliser les travaux qui leur sont demandés et qui les mèneraient à la ruine, car disent-ils les demandes sont moins nombreuses et leurs finances sont en difficulté, ils menacent de fermer leurs chantiers, en cas d'obligation d'application de l'arrêté préfectoral ce qui entraînera la mise au chômage de nombreux ouvriers.
Le Préfet atténue les mesures à prendre bien que les services intéressés lui avaient certifié qu'il était possible d'obtenir le respect de la loi. Ils citaient à l'appui le cas du sieur Augustin Wattiaux qui, ayant établi un chantier de constructions sur le canal de Mons avait respecté la digue de halage : elle n'a pas moins de 10 mètres de large et un pont de même largeur a été établi. Les bateaux ne sont pas assemblés sur la digue de halage, mais le sont dans la forme ou sur le côté de celle-ci et ne sont lancés à l'eau que par l'ouverture de cette même forme <<<
Jacques Joseph meurt à Condé le 10 octobre 1843, son frère Fidèle Augustin vient déclarer son décès et fait mention : Constructeur de bateaux.
Sa fortune semble importante. Sa veuve Marie Claire Wattiau, devant Maître Jules Mention notaire à Condé, le 26 août 1861 déclare donner sous forme de partage anticipé des sommes d'argent et des créances représentant un Total de 200.000 F. à partager entre son fils Jacques Joseph propriétaire et constructeur de bateaux et les 3 enfants : Elise, Jacques Joseph et Augustin orphelins de son second fils Augustin
Marie Claire Wattiau meurt à Condé en son domicile place verte le 12 juillet 1862. Ce sont son petit-fils François Elysée Raverdy et son neveu François Charlemagne Miroir qui déclarent le décès
Nous avions vu que du mariage Jacques Joseph Marie claire Wattiau étaient nés 4 enfants.
1º Jacques Joseph est né à Condé le 6 vendémiaire an XIV (28-9-1805) à 9 h le matin témoins : Jacques Philippe Joseph Defline 68 ans profession batelier, aïeul paternel, Fidèle Pierre Augustin Defline 25 ans, oncle paternel profession batelier. (Est le seul à ne pas savoir signer) Il meurt à Condé le 1 juin 1876, étant constructeur de bateaux. Il avait épousé à Condé le 17 avril 1838 à l’âge de 32 ans étant maître constructeur de bateaux, Victorine Fally 23 ans, propriétaire, née à Condé le 1 août 1814 de Adrien Jos Fally aussi propriétaire et feue dame Catherine Elisabeth Jos Lefèvre, décédée le 18 septembre 1823, en présence de Fidèle Defline 60 ans maître constructeur de bateaux oncle paternel de l'époux, Jacques Philippe Jos Lefèvre 81 ans propriétaire, oncle maternel de l'épouse, André Barthélemy Joseph Clément 61 ans propriétaire à Escautpont, Alexis Jos Mention notaire.
Deux filles naissent au foyer: Zenaïs le 25 février 1839
Elle épouse à Condé le 10 septembre 1861 Gustave François Elisée Raverdy 34 ans domicilié à Ecourt St Quentin, y né le 3 mai 1827 de Nicolas Raverdy 65 ans aussi propriétaire et de Marie Françoise Sophie Dupont décédée au lieu-dit le 1 août 1859, en présence de Auguste Raverdy 39 ans domicilié à Avesne le Comte, Victor Lefèvre 50 ans négociant à Lille oncle maternel de l'épouse, J.B. Fally 62 ans rentier oncle maternel de l'épouse, François Fally 56 ans marchand brasseur. Ils auront 3 fils
Eugène Gustave né le 22-7-1863 épouse le 25 avril 1891 Anaïs Sirot Gaston Alfred Gustave né le 22-8-1865 épouse le 14-10-1893
Céline Guiot
Albert Victor Auguste né le 28-2-1871 épouse le 14-10-1871 Sa cousine J. de Saint Aubert
Zenaïs meurt à Condé le 23 mars 1890 son mari Gustave Raverdy le 4 juillet 1914
Gustave Raverdy sera un ami très fidèle de Joseph Defline qui avait en lui toute confiance au point de conseiller à sa femme dans une lettre relatant ses dernières volontés de se fier totalement à lui.
C'était un homme de grande valeur qui a occupé des fonctions importantes dans sa cité de Condé: Adjoint au Maire, Président du syndicat du dessèchement des vallées de la Hayne et de l'Escaut dernier Président des ateliers de construction de bateaux Administrateur des Charbonnages de Bernissart, Président du conseil paroissial de St Wasnon.
Victorine Joséphine née le 10 février 1848. Elle épouse à Condé le 2 décembre 1871 Augustin François de Saint Aubert propriétaire à Sains les Marquion ou il s'établit.
3 enfants
Jeanne née le 27 mars 1876 épouse son cousin germain Albert Raverdy le 14 octobre 1899.
Gaston né le 13 février 1873 épouse à Bourlon Berthe Blake dont il aura 8 enfants. Gaston de Saint Aubert sera un très grand ami de André Defline et entretiendra avec lui une correspondance suivie. Il avait une très grande admiration pour les Defline.
Armand né et mort en juillet 1874.
2º Marie Claire née à Condé le 18 mai 1807 décédée la même année
3º Gephirin Constant né à Condé le 20 février 1812 décédé le 29 octobre à l'âge de 19 ans et 8 mois, sans profession, domicilié en la demeure de ses parents 10 grande rue.
8eme GENERATION
Augustin DEFLINE 3eme enfant de Jacques Joseph et Marie Claire Wattiau né à Tournay le 1 octobre 1808
Nous savons peu de choses de lui, sinon qu'il doit travailler avec son frère au chantier de leur père. Sa petite fille Yvonne Ferronnière tenait de tradition familiale qu'il excellait au tir à l'arc. Ses prouesses lui firent gagner de nombreux prix comme ces prix consistaient en couverts en argent, il se serait ainsi constitué son argenterie.
Comme son frère il déroge aux traditions familiales en épousant une terrienne Marie Joseph Clément 19 ans née à Fresnes le 17 octobre 1821 de Louis Clément cultivateur et meunier et de Rosalie Defernez. Un contrat de mariage avait été signé le 28 janvier 1841 devant Maître Alexis Mention notaire à Condé
Le mariage était établi sous la communauté légale. Les parents d'Augustin lui donnaient en avance d'hoirie et à valoir sur la succession future une somme de 140.000 F. Les parents de Marie lui donnèrent dans les mêmes conditions une somme de 10.000 F versables en 4 années.
Il mourut à Condé sur Escaut le 17 juillet 1849. De leur courte union puisqu'elle dure 8 ans 3 enfants sont nés:
1º Elise Marie (l'an 1841 le 27 décembre à 11h le matin par devant nous Pierre Joseph Pareur adjoint au maire par délégation spéciale officier d'état civil de la ville de Condé arrondissement de Valenciennes département du Nord est comparu Monsieur Augustin François Defline 33ans maître constructeur de bateaux et propriétaire, domicilié à Condé lequel, en présence de Mr Jacques Joseph Defline 68 ans aussi maître constructeur et propriétaire et Célestin Dubruille 36 ans propriétaire, tous deux domiciliés à Condé, nous a déclaré que hier le 26 décembre à 6h le matin Madame Marie Joseph Clément 20 ans, son épouse était accouchée en sa demeure sise grande rue d'un enfant du sexe féminin qu'il nous présente et auquel il a donné les prénoms d'Elise Marie.
L'existence de Elise Marie sera brève, tuberculeuse elle fait un séjour dans le midi, sans amélioration de sa santé, elle revient mourir à Condé à 24 ans le 10 mai 1866. Ce sont son cousin François Elysée Raverdy 39 ans et Louis Cayrol 29 ans Docteur en médecine qui déclarent le décès.
2º Jacques Joseph dont nous parlerons plus loin.
3º Augustin louis (l'an 1845 le 4 février, Augustin François Defline constructeur de bateaux et propriétaire, en présence de Célestin Dubruille 40 ans entrepreneur et François Hyppolite Dubois écrivain déclare que sa femme Marie Joseph Clément 23 ans est accouchée d'un enfant de sexe masculin auquel il a donné les prénoms d'Augustin Louis La vie d'Augustin sera brève aussi car il sera également emporté par ce terrible mal qui ravage tant de familles: la tuberculose. Nous le verrons dans la biographie de son frère, tout est tenté pour rétablir sa santé, un long voyage d'agrément est entrepris en Espagne, aucune amélioration il rentre à Condé. Et puis on tente un nouvel essai, il part pour Hyères. C'est là qu'il meurt le 22 novembre 1873, son corps est ramené à Condé et inhumé dans le caveau de famille.
Leur père Augustin n'a pas vu grandir ses enfants, il meurt à 40 ans et demi du Choléra le 17 juillet 1849 en son domicile place verte. Son épouse Marie Clément reste donc veuve à 28 ans et seule pour élever 3 jeunes enfants. Elle se remarie le 12 septembre 1855 avec Louis Joseph Rossy architecte qui deviendra un grand ami des Defline.
Condé le 12 septembre 1855 a lieu le mariage de Louis Joseph Rossy 38 ans, architecte né à Valenciennes le 13 mai 1817 fils de Louis Jos Rossy employé en retraite et Claire Charlotte Delhaye avec Marie Joseph Clément 33 ans née à Fresnes le 17 octobre 1821 veuve d' Augustin François Defline décédé constructeur de bateaux le 17 juillet 1849 fille de louis Clément et Rosalie Defernez tous deux cultivateurs et domiciliés à Fresnes en présence de Louis Clément 35 ans cultivateur à Fresnes frère de l'épouse, Jean baptiste Clément 24 ans cultivateur à Fresnes frère de l'épouse, Benoît Alfred François Rolland 39 ans avoué près la cour de Douai cousin de l'époux, J.Baptiste Foucart 32 ans avocat à Valenciennes, non parent.
Le mariage étonne car Marie est plutôt austère tandis que Louis Rossy est gai, impétueux et bon vivant.
Marie Clément était tutrice légale de ses enfants, mais lors de son remariage elle demande la réunion du conseil de famille pour décider s'il y a lieu de prendre de nouvelles dispositions pour la gestion de la fortune de ses enfants.
Ce conseil était composé de Marie Claire Jos Wattiau aïeule, de Jacques Jos Defline leur oncle, propriétaire et constructeur de bateaux, de François Miroir Wattiau cousin par alliance, propriétaire cultivateur et constructeur de bateaux, de Louis Clément fils leur oncle cultivateur à Fresnes et Jean Baptiste Clément leur oncle.
Le conseil décide que Madame veuve Defline conserve la tutelle de ses enfants, la fortune, vu son importance sera administrée par Jacques Joseph Defline leur oncle. Monsieur Louis Rossy est nommé cotuteur.
Louis Rossy fut un beau Père attentif et affectueux ; il eut sans doute une grande influence sur l'orientation des études de Joseph. Il était gai, bon vivant, grand chasseur. Architecte il avait vécu longtemps à Paris où il avait de nombreux amis, entre autres le marquis de Montaigu qui recevra plus d'une fois Joseph Defline. Après son mariage Rossy abandonne l'architecture. En 1848 il avait peint à Valenciennes des sujets empruntés aux fables de Lafontaine sur le plafond de la salle à manger de son ami Foucard (le père d'Anna la future Mme Sautteau dont le sourire a été immortalisé par Carpeaux) tandis que le peintre Bruno Cherier peignait les murs de sujets empruntés aux chansons de Béranger et que le jeune Carpeaux (21 ans) sculptait un bas-relief sur la sainte alliance des peuples.
Rossy écrivait également dans les journaux locaux des poésies patoisantes sur des sujets d'actualité régionale.
Il s'était pris d'une grande affection pour Noémi la femme de Joseph Defline et chaque année à l'occasion de son anniversaire il lui adressait un poème accompagné d'une charmante aquarelle (un bouquet généralement). C'est en souvenir d'elle qu'il mourra chrétiennement le 21 juin 1890.
En 1899 le 16 septembre Marie Clément fera donation à ses trois petits enfants des 19/96emes de la fortune qui leur appartient en propre soit 196.150 F à chacun chez maître Fally notaire à Valenciennes.
Elle meurt à condé le 4 juin 1910.
Extrait de << Carpeaux inconnu <<
Monsieur Louis Rossy né à Valenciennes le 15 mai 1817 époux de Marie Clément veuve de Augustin Defline décédé à Condé, rue Notre Dame 17 le 21 juin 1890. Sa femme Madame Rossy née Marie Clément est née à Hergnies le 17 octobre 1821 morte à Condé le 4 juin 1910.
Le portrait à l'huile de Rossy fait par Carpeaux appartient à Madame Lucien Ferronnière à Nantes, petite fille de Madame Rossy.
Rossy Louis Joseph, Peintre et architecte
Nous avons dû céder à un entraînement bien légitime, en reproduisant dans ces esquisses biographiques un aperçu des travaux d'un homme de mérite, d'un artiste devenu condéen par ses talents et ses bienfaits.
Louis Rossy est né à Valenciennes le 13 mai 1817, il fut l'élève de Mr Potier à l'académie de cette ville, et plus tard à Paris de Séchan, Feuchères et Desplechain habiles peintres décorateurs dont la réputation est généralement estimée. Il fut aussi l'élève d'Abel de Prejol et de Henri Labrouste architecte.
Homme d'initiative et d'à-propos il a voulu toucher à tous les genres : les décorations des salles de spectacle de Valenciennes et de Condé sont là comme des spécimens d'un talent qui aurait suffi à la réputation d'un artiste. En certaines occasions il a abordé la peinture à l'huile avec grand succès. Le château de Goeulzin recèle un joyau de sa palette c'est un panneau représentant un sujet de chasse dans le style de Desportes; mais c'est surtout dans l'aquarelle qu'il excelle et dans ce genre il est passé maître.
Ses tableaux de l'ouverture et de la fermeture de la chasse ont fait le tour du monde et après la lithographie, le commerce s'est emparé de ses modèles et les a reproduit sous toutes les formes Qui ne connaît pas aujourd'hui les livres de Monsieur Rossy?
L'architecture dont il connaît toutes les beautés et qu'il pratique avec tant de bonheur lui a donné l'occasion, plus d'une fois de nous émerveiller, témoins l'ancienne abbaye de St Jean de Valenciennes reproduisant avec ses moindres détails les dessins d'une époque fort ancienne et l'église de Sérans (S et O) qui fut admis à l'exposition de 1846.
Nous nous bornerons ici à cataloguer toutes les œuvres que nous pourrons connaître laissant à d'autres le soin de juger ou de critiquer. Comme beaucoup de ses tableaux portent avec eux un caractère humoristique, il suffira de désigner le trait par le titre pour en saisir la portée.
En 1838 il obtint comme décorateur le premier prix de composition de l'académie de Valenciennes, en 1839 un deuxième prix de perspective et une mention particulière pour une arabesque peinte. Ses heureuses dispositions lui ayant mérité la protection du conseil académique et du conseil municipal il fut nommé pensionnaire de la ville de Paris.
9eme GENERATION
Jacques Joseph Defline
Extrait du dictionnaire de biographie française par Roman d'Amat et R.Limouzin Lamothe- Paris VI Letouzay et Amé-1965.
Defline Jacques Joseph né à Condé sur Escaut le 28 octobre 1843 il quitte sa ville natale à l'âge de 13 ans pour aller à Paris suivre les cours du lycée St louis. Il se destina à la carrière d'ingénieur et, en 1863 fut admis à l'école centrale des arts et manufactures, d'où il sortit diplômé en 1866. II entra alors à la Société anonyme des produits chimiques d'Hautmont que, pour des raisons personnelles, il quitta en 1867 II fut successivement extracteur de charbon, fabricant de sucre, exploitant de phosphates constructeur de machines et de chaudronnerie. Il organisa quelques mois avant sa mort pour la Société Bernissart, le fonçage des puits d'Harchies par congélation à 240 mètres. IL fut élu président de la Société des Sciences et Manufactures au début de 1894.
Son activité politique ne fut pas moindre lors du plébiscite de 1870, il se révéla républicain militant. En 1875, il s'installa à Bruay sur l'Escaut dont il fut élu conseiller municipal et Maire : il dota cette commune de nouvelles écoles et d'un bureau de poste, édifia une nouvelle église, fit établir après 15 ans de démarches persévérantes, un pont sur l'Escaut. Il fut élu conseiller général du canton nord de Valenciennes à la quasi-unanimité; prit une part active à la discussion du tarif des douanes, mais combattit sur le projet d'impôt sur le revenu d'inspiration Socialiste Il fut nommé deux fois rapporteur des questions du service vicinal et inspecteur de l'enseignement technique dans le département du Nord.
Il mourut le 14 janvier 1898.
(voir aussi Lacroix dans revue agricole industrielle historique janvier février 1898 Jacques Feller)
(voir également Bruay sur Escaut son passé ses souvenirs de Raymond Durut imprimerie Daubiert Lemay 17 rue de Mons Valenciennes)
Jacques Joseph est le deuxième enfant d'Augustin et de Marie Clément. Avant lui est né Elise Marie, le 26 décembre 1841 à Condé, lui-même naît à Condé dans la maison familiale située grande rue le 28 octobre 1843. Un troisième enfant naîtra Augustin Louis le 4 février 1845.
Son père, comme Jacques Joseph son oncle travaille à l'entreprise de Jacques Joseph Defline le grand père, époux de Marie Claire Wattiau, et constructeur de bateaux à Condé.
Le grand père meurt le 10 octobre 1843, les deux frères restent associés. Augustin Defline ne tarde pas à le rejoindre dans la tombe et sa veuve (la première dame Defline qui ne soit pas issue d'une famille de bateliers) se remarie avec un artiste, alors professeur aux beaux-arts de Valenciennes et architecte, Louis Joseph Rossy né à Valenciennes le 18 mai neé13
1817. Est-il vrai qu'à cette époque les veufs ou veuves qui se remariaient étaient l'objet d'une « aubade». Serait-ce pour cette raison que le mariage qui se fit à Condé le 12 septembre 1855 ait eu lieu à 5 heures du matin ? avec comme témoins Louis et Jean Baptiste Clément ses frères, benoît Fr Alfred Rolland cousin et J.Baptiste Foucard avocat (pour l'époux)
Joseph Defline a 12 ans son intelligence est vive Faut-il voir l'influence de son beau-père dans la décision de l'envoyer poursuivre ses études à Paris ? Admissible à Polytechnique il est reçu à l'école Centrale et en sort diplômé à 23 ans le 14 septembre 1866 Il rallie le Nord, débute comme ingénieur aux usines de produits chimiques d'Hautmont, y reste peu de temps et reprend sa liberté.
La famille continuait à être éprouvée. Il y avait eu le 12 juillet 1862 le décès en son domicile place verte de sa grand-mère Madame J. Defline née Marie Claire Wattiau et puis le 10 mai 1866 à 22 ans c'est Elise sa sœur qui meurt à Condé atteinte de tuberculose, après un long séjour dans le midi dont on avait espéré les bienfaits.
Cette tuberculose qui éprouve tant de familles au siècle dernier menace Augustin le jeune frère. On va l'envoyer dans le midi, on va le distraire et Joseph l'accompagnera. C'est ainsi que les deux frères entreprennent un voyage en Espagne, voyage qui va les mener de Pau à Barcelone, Valence, Carthagène, Cordoba, Grenade, Malaga, Algésiras, Cadix, Madrid, San Sebastien pour revenir à Pau.
Le voyage dure de novembre 1871 à fin mars 1872. Ils tiennent un journal à tour de rôle. Tout y est noté scrupuleusement, les températures, les observations météorologiques, leurs dépenses. Nous les suivons dans leur voyage en train, à pied, en voiture, en bateau; nous souffrons avec eux de la pauvreté et de la saleté de certains hôtels dans lesquels ils descendent; ils font des rencontres intéressantes, notamment de français qui voyagent pour affaires et se lient vite et facilement ces amis de rencontre les introduisent dans les clubs et les cafés à la mode, leur procurent des visites intéressantes telles que usine à sucre, industries textiles, tissage de soie, plantations de canne à sucre , installations portuaires.
Ils vont au concert, au théâtre, visitent les musées se détournent de l'itinéraire établi pour admirer les beaux sites et s'émerveillent de monuments tels que l'Alcazar, la mosquée cathédrale de Cordoue, l'Alhambra de Grenade
Ils nous livrent leurs réflexions, leurs enthousiasmes. « les espagnols ne sont guère courageux, les femmes se montrent peu « des gendarmes auxquels ils ont eu à faire ils disent : << ils sont très gentils, ils n'ont pas leurs bottes, je n'ai donc pas besoin de porter mon mouchoir à mon nez <<<
Augustin assiste à une cérémonie extraordinaire. A l'hôtel ou ils sont descendus se meurt un officier; les derniers sacrements lui sont apportés en grande pompe, en procession à travers la ville par le prêtre accompagné de militaires avec une musique.
La visite de l'Alhambra soulève l'enthousiasme d'Augustin « Nous qui nous disons les êtres les plus civilisés, sommes incapables d'atteindre à l'art de ce peuple arabe que les rois et les religieux ont chassé de l'Espagne Ne disparaîtrons nous pas nous même, un jour, comme eux, de la terre pour ne laisser peut être que des descendants abâtardis incapables d'accomplir quelque chose de grand? » Et Augustin fait encore la comparaison entre les Romains et leur civilisation dont les italiens sont les descendants.
Il est amusant de relever les noms et professions des Français rencontrés : un Monsieur Delage de Ruffec vend des toiles métalliques, Mr Vidal de Toulouse inventeur d'un procédé pour nettoyer les chaudières Wimuth un ancien de centrale est ingénieur au port de Barcelone, c'est un Français Gressé qui a roulé sa bosse à travers le monde et a connu un Boka de Valenciennes, il est marié à une irlandaise qui leur donne des leçons d'espagnol. C'est Mr Bremond de Lyon acheteur de soie qui leur fait visiter filature et tissage de soie. C'est enfin un peintre très bohème et Mr Letierce, marié à Valenciennes avec une demoiselle Jubion du P.deC. Inspecteur des usines à gaz qui les retrouvent au cours de leur voyage et leur manifestent attention et services.
Augustin ne retrouve pas ses forces ses « poumons » l'empêchent parfois de suivre Joseph dans ses grandes promenades. En février 72 il note <<< aujourd'hui c'est moi qui m'amuse à cracher rouge au lieu de cracher blanc >>> il est temps de rentrer. On s'arrête courant mars à Pau et puis l'on reprend le chemin de Condé.
La santé d'Augustin ne s'améliore pas, il part faire un séjour à Hyères mais son mal est sans rémission il y meurt le 29 novembre 1873 son corps ramené à Condé est inhumé dans le caveau de famille.
Joseph est seul maintenant, c'est alors qu'il fait la connaissance de Noémi Chappuy, cette jeune fille habite Frais Marais ou son père, après avoir travaillé à la verrerie à bouteilles de Prosper Chartier, s'est établi Maître verrier. La famille est originaire de Mirecourt et s'est établie dans le Nord après la nomination du grand père Nicolas Chappuy à Douai en 1831 comme receveur principal des contributions indirectes.
Les Chappuy sont profondément religieux. Le père de Noémi, Louis et sa femme ont eu 5 enfants : lorsque Noémi se fiance ils ont déjà perdu deux filles toutes deux mortes de tuberculose Ghislaine morte à 18 ans le 19 décembre 1866. Gaétane morte à 16 ans le 25 février 1869. Ils ont accepté ces épreuves avec une grande foi Un livre rédigé par Monseigneur Boucaud évêque de Laval et qui fut confesseur de Gaétane jusqu'à ses derniers jours nous fait entrer dans l'intimité de cette famille et admirer les vertus héroïques qui sont les siennes.
Le mariage de Noémie est une grande joie, il a lieu à Frais Marais les 16 et 17 décembre 1874. Le contrat signé devant maître Mention notaire à Condé indiquait que Joseph apportait tant en créances qu'en titres et argent liquide 1.009.200 F. Noémie, elle, tant en biens personnels qu'en avance d'hoirie la somme de 110.000 F.
Le voyage de noces les conduit en Italie, on va à Rome et on est reçu par le Pape à qui Joseph et Noémie présentent un crucifix pour qu'il le bénisse; ce crucifix pieusement conservé dans la famille (chez Annie Ceyrac) est reconnaissable à un doigt brisé le Saint Père en le prenant l'avait laissé tomber maladroitement, un doigt s'était cassé.
De retour en France le jeune ménage s'installe à Bruay sur Escaut où Joseph vient d'acheter une très belle demeure entourée d'un beau parc (2,8 ha) Sur la route menant de Fresnes à Valenciennes. On l'aménage avec soin Rossy, le beau-père qui s'est pris d'une grande affection pour Noémie, vient passer de longues heures dans la demeure pour orner les murs de très grandes toiles représentant des scènes animales : la salle à manger notamment se voit ne15 attribuer des peintures de lièvres représentant par leur comportement les quatre saisons, périodes importantes dans la vie du gibier chassé. Dans une lettre adressée à sa femme, un ami de Joseph, Fouché, décrit la vie équilibrée et paisible des Defline. « la maison est très vaste, on sent à la fois le bon goût de la maîtresse de maison qui ne fait pas étalage de sa fortune il y a un très grand jardin, presque un parc avec une pièce d'eau et même un pont en fer! ce qui me frappe ici c'est que rien n'est négligé, enfin, il y a une fort jolie bibliothèque bien composée, quoique bien reliée.
Trois enfants viennent combler les parents de joie:
André le 19 avril 1876
Yvonne le 31 août 1877
Noémie le 8 septembre 1880
La vie s'écoule paisible, Joseph, actif entreprenant, intelligent se partage entre sa famille et de nombreuses affaires industrielles charbon, sucre, phosphates, chaudronnerie qui accroissent la prospérité de la région. Il suit de près ses enfants pour lesquels il ambitionne d'être leur << précepteur universel >> et de fait son érudition est grande sa culture étendue et il excelle dans tous les arts.
Noémie est douce, pieuse, très attachée à ses parents auxquels elle manifeste une affection très confiante. Elle pleure de nouveaux deuils: son père le 24 mars 1878, sa sœur aînée Marguerite le 8 avril de la même année atteinte aussi de tuberculose et qui laisse 3 orphelins.
Elle-même n'échappe pas à la terrible maladie, sa santé s'altère, elle fait des séjours de plus en plus prolongés à Frais Marais où ses enfants vivent presque complètement.
Elle meurt à Condé le 1 mars 1886.Le petit André qui tient son journal depuis novembre 1880 relate l'aggravation de santé de sa maman, ses derniers instants, et l'on imagine à travers le récit si sage du dernier adieu à sa maman morte le désarroi et l'angoisse de ce petit homme.
Le 12 octobre 1866 le conseil de famille est constitué. Jules Delsart en fait partie, avec lui, Louis Rossy, Louis Clément, Gustave Raverdy, Georges Chappuy et Paul Delépine.
Les trois enfants ont leur père, heureusement ; il retourne avec eux à Bruay, avec ses trois consolations. Désormais il organise sa vie de manière qu'ils souffrent le moins possible du départ de leur mère. Avec le médecin Cayrol il veille scrupuleusement sur leur santé « je ne peux voir un enfant souffrant sans être bouleversé, il me semble que c'est grave tout de suite >>>
Les deux grand mères de Condé et Frais Marais vont être présentes ou prendre les enfants en charge chaque fois que Joseph pris par ses activités s'absente.
Il y a aussi les familles amies, les cousins et cousines, oncles et tantes; car les liens familiaux sont très étendus, ont une grande importance, on se reçoit, on rend visite. Boname de Frais Marais, Georges le seul Chappuy restant Gaétane, Valentine, les jeunes cousines Dorlencourt et petit Paul. Cousine Jeanne Delsart qui a une originalité de bon aloi et un mari excellent. Boname de Condé et le cher Pata toujours si attaché aux enfants. Il offre à André peintures à l'huile (polichinelle jouets et chien) et aquarelles (un lièvre)
Les repas sont importants: escargots, mouton bouilli, canard sauvage, 2º potage tapioca, mouton bouilli, vol au vent, volailles à la casserole aux cèpes, filet rôti, petits pois, langue fumée.
3º huîtres, vol au vent, côtelettes de mouton petits pois, macédoine de gibier rôti, faisans cailles et perdreaux, salade d'écrevisses, le tout terminé par des desserts vins et champagne.
L'été tout le monde part pour Berck où Boname de Frais Marais possède un chalet tous les cousins et cousines s'y retrouvent, on prend des bains, on joue sur la plage, on fait des grandes promenades et l'on n'oublie pas les cours d'anglais. Il y a même des concerts où brille le cher ami violoniste de Valenciennes Delsart.
sur A Bruay les fillettes sont instruites à la maison, mais André l'instruction duquel son Père veille jalousement (n'a-t-il pas acheté en juillet 1887 une superbe lunette astronomique pour l'étude des astres) entre au lycée de Valenciennes la même année. Ce seront alors les levers au petit matin 6 heures pour emprunter chaque jour le tramway qui l'emportera à Valenciennes, les retours chaque soir, les devoirs à faire, et Joseph trouvera encore le temps de lui apprendre comme à ses sœurs le piano
Les activités professionnelles de J.Defline sont nombreuses et nous en suivons le déroulement grâce aux carnets où il note au jour le jour, sa vie. Carnets qui recueilleront tout ce qu'il confiait autrefois à sa femme c'est Erith avec la collaboration de ses amis Lacroix, Gehu, Cajot. C'est Hergnies avec les Clément, les phosphates de Doullens et Teramesnil avec son cher ami Raverdy en qui il a une grande confiance, et St Aubert, Dahier et Bajeux C'est Bernissart, Thiers la société anonyme de la sucrerie de Bruay. A chaque occasion il se révèle bon et droit à chaque affrontement il est conciliant, rétablissant l'entente entre ceux qui se heurtent.
Mais il prend aussi des responsabilités politiques : il se présente aux élections municipales de 1888 est élu Maire, réélu en 1892 et 1896. Ses amis républicains le désignent comme candidat aux élections cantonales de novembre 1899 où il est élu à une grande majorité. Malgré leur insistance il refuse de se présenter aux élections législatives et laisse la place à son ami Lepez qui est élu en 1893.
Au cours de la réunion préparatoire à l'élaboration du programme républicain J. Defline avait été amené à faire sa profession de foi « en 1889 j'ai provoqué une réunion anti plébiscitaire, je suis républicain et libéral, au point de vue clérical, je trouve en moi même le sentiment du devoir en dehors de l'idée religieuse, mais je suis respectueux des opinions religieuses des autres qui m'importent peu <<<
Désigné par son comité par 36 voix sur 50 il recueillit 3018 suffrages contre 2028 à son adversaire
A un ami qui s'indignait que la police, pourtant avertie, n'ait pas réagi contre les troubles produits dans les églises à la suite de conférences socialistes prononcées par des prédicateurs, il rétorquait que la meilleure façon d'éviter ce danger était de ne pas s'y exposer. Mais il préconise que son parti ne doit pas écarter ceux qui se rallient à la république même si c'est sur ordre d'un pape italien.
Son ami Paul Foucart est battu aux législatives par le général Boulanger succès qui fait mesurer à J.Defline la duplicité de ses concitoyens qui semblaient hostiles Lui-même a mené une campagne active faisant grande fatigue. Il continue sur Carcassonne Toulouse, Clermont Ferrand, mais note << la marche m'essouffle <<< Le retour à Condé le laisse inquiet de sa santé. IL note le 10 octobre << je regarde mon assiette, il faut me soigner >> II fait de l'œdème, l'hydropisie le gagne, le médecin commence les ponctions (jusqu’à 10 litres) toujours plus rapprochées. Il n'y a pas de médicaments.
Il meurt le 14 janvier 1898.
Dans une lettre écrite par sa femme (en novembre 1885 probablement) et trouvée par Joseph dans son carton à dentelles le 20 mars 1886, Noémie, après avoir exprimé toute sa tendresse pour les siens, remercié son mari pour tout le bonheur qu'il lui avait donné et laissé échapper le déchirement qu'elle éprouvait à les quitter, demandait de faire de ses enfants de bons chrétiens << afin qu'un jour nous nous retrouvions tous au ciel <<<
A cette tendre prière Joseph Defline y a souscrit sur son lit de mort après avoir pourtant résisté longtemps aux instances des siens n'avait-il pas écrit le 31 décembre <<< chacun s'affole, on voudrait me faire confesser, André a été entrepris, il dit cela me ferait tant plaisir. L'aumônier demande à me voir et veut y arriver, je résiste.
C'est chrétiennement qu'il mourra. Il sera pleuré par les populations de Thiers, de Bruay, par la foule de ses amis ; Dès l'annonce de sa mort une manifestation touchante s'était produite spontanément << Bruay prend le deuil de son Maire, en pavoisant les fenêtres d'un grand nombre de ses maisons du drapeau national cravaté d'un crêpe >>>
Plus de 10.000 personnes selon l'estimation des journalistes suivirent les obsèques. Le cortège se forme à 11 heures: Elèves des écoles, douaniers, fanfare des mineurs de Thiers, fanfare communale de Bruay, musique des mineurs de Bernissart, sociétés de tir, des agents de chemin de fer, de prévoyance et secours mutuels, délégation de Centrale, la Famille, les députés, conseillers généraux, maires.
Cérémonie religieuse puis discours où successivement; le Sous-Préfet, Dervaux représentant le conseil général, Lepez député, Chevalier au nom du C.M. de Bruay, Hien instituteur, Lefebvre pour les Maires du canton nord de Valenciennes, Lacroix pour Centrale, expriment leurs regrets et rappellent l'homme de bien que fut celui qu'on pleure. Homme de conciliation, respectueux des opinions de tous, sérieux, pondéré, d'une grande culture, parfaite simplicité, qui avait le don de mettre tout le monde à l'aise. Le premier éducateur de ses enfants << et Dieu sait quel éducateur il a été » a voulu que l'instruction soit largement donnée aux enfants du peuple. Homme dont le dévouement a toujours cru en raison directe des difficultés à surmonter, apportant l'ordre et la méthode scientifique.
Il est plus d'une heure lorsque le cercueil déposé dans un fourgon de tramway se dirige sur Condé, à Thiers, les maisons comme à Bruay sont ornées du drapeau national cravaté de crêpe. Tout au long du parcours; Thiers, Escautpont, Fresnes, Condé les habitants silencieux, rangés sur la route, saluent respectueusement l'homme unanimement respecté.
Il y a foule sur la place de Condé quand le cortège arrive et de nombreuses délégations sont présentes; anciens sous-officiers, secours mutuel, musique municipale, le conseil municipal avec son Maire Mr Pureur.
L'absoute est donnée en l'église St Wasnon, le cortège se rend au cimetière, de derniers discours sont prononcés par Mr Girard Sénateur, Myrtil Delattre du bureau de la société de secours mutuel St Wasnon. Ils rediront les qualités de dévouement désintéressé aux autres, de droiture, de probité qui font que le posséder dans ses rangs pour un parti politique, est un orgueil, le perdre, une perte cruelle. Ses qualités de cœur que n'a pas diminué sa fortune; au contraire, ayant pu voir de bonne heure l'abîme qui sépare l'homme fortuné de celui qui ne l'est pas, il a pensé que ceux qui possédaient devaient venir en aide à ceux qui risquaient de tomber dans la misère et discrètement à l'insu de sa famille a fait un don très important à la Société de Secours Mutuels.
Les discours sont terminés, la cérémonie a pris fin. Joseph Defline est inhumé le 17 janvier dans le caveau de famille où reposent déjà son Père et son Grand Père.
Voilà donc les trois enfants orphelins. André est reparti à Paris, Yvonne et Mimi sont à Bruay mais partagent leur temps entre Condé et Boname, Frais Marais, l'oncle Georges qui veille tendrement sur elles, sa femme Suzanne et les amis de Valenciennes.
Yvonne et Noémie trouvent leur grande maison vide, sans leur Père, elles voudraient échapper à cette atmosphère triste évocatrice de tant de mauvais souvenirs. Une première tentative d'Yvonne de voyager, partir dans le midi se heurte au refus de l'oncle Georges, l'opposition de Boname et en définitive l'appel à la sagesse d'André.
Plus heureuse à la fin de 1898 elle peut organiser un séjour assez long avec Noémie à Beaulieu sur mer. Une villa « la Plata >> est louée en décembre, on s'est assuré auparavant qu'elle n'a pas été occupée par des malades. Yvonne et Noémie s'y installent avec comme chaperon leur tante Céline Joxe. Celle-ci est la fille de Rosalie Clément sœur de Boname, qui a épousé Mr Cornu dont elle a eu 2 filles ; Céline et Marie, elle est veuve depuis 1894 de Mr Joxe officier de carrière décédée à la Flèche en février 1894 dont elle a eu deux fils que connaissent bien les deux jeunes filles Yvonne et Mimi.
Le midi enchante Yvonne qui fait des descriptions enthousiastes à son frère. On va souvent à Nice, on fait de longues promenades dans la campagne, on se gorge de soleil. Et puis par l'intermédiaire d'une vieille amie ; Melle Parmentier qui habite Gagny (où réside habituellement la tante Céline) on a fait connaissance d'un ménage charmant les Maintré et on les voit souvent. Aussi quand tante Céline informée d'une indisposition de sa sœur Marie qui semble grave se déclare obligée de partir auprès d'elle, Yvonne écrit à son frère qu'il ne doit pas s'inquiéter, Madame Maintré veillera sur elles deux et les chaperonnera. Pourtant, cela ne se fait pas de laisser deux jeunes filles seules, si Valenciennes l'apprenait ou Condé, et surtout Boname, on pourrait jaser. L'oncle Georges s'inquiète, André aussi et Yvonne accepte qu'on leur envoie une vieille demoiselle : Melle Pierre qui à l'usage se révèle facile à vivre et gaie.
Et puis le Carnot bâtiment de l'escadre de la Méditerranée avait fait escale dans la baie de Villefranche lors des fêtes du Carnaval de Nice. Il y a à bord un jeune enseigne de vaisseau Lucien Ferronnière qui après le << Borda >>> (qui était l'Ecole Navale) et « l’Iphigénie » (l'école d'application) avait fait l'Extrême-Orient et rentrait du Japon, de la Chine et de l'Indochine.
Il est Nantais comme les Maintré, des liens de parenté les unissent, il est donc reçu chez eux et la vue des deux sœurs ravissantes l'enchante c'est néanmoins Yvonne vers laquelle il se sent attiré. C'est en mars qu’Yvonne fait allusion dans ses lettres à L. Ferronnière et aux sentiments qu'elle éprouve pour lui. André affolé, inquiet, la presse de rentrer, l'incite à la prudence.
Yvonne et Mimi quittent Beaulieu fin avril en faisant un détour par l'Italie du nord. Yvonne troublée par les avis et conseils de sa famille répond négativement à la demande en mariage de Lucien présentée par les Maintré, prétendant qu'il fallait que Mimi se marie avant elle. Mais l'amour est le plus fort et le 3 mai les fiançailles ont lieu. Elles seront célébrées à la Haute Porte propriété des Maintré.
Le mariage eut lieu à Bruay le 24 octobre 1899. De cette union très heureuses brisée par la mort de Lucien le 25 avril 1936 sont nés 6 enfants :
- Madeleine à Nantes le 16 février 1902
- Yvonne à St Aignan le 24 août 1903
-Jean à Nantes le 1 mars 1905
- Jacques à Nantes le 2 décembre 1906
- Yves à Nantes le 3 juillet 1908
- Noémie à Nantes le 1 septembre 1913
- Yvonne Ferronnière est morte à Paris le 5 décembre 1950.
Après le mariage de sa sœur Noémie souffrit beaucoup de n'avoir pas de foyer où elle se sentit chez elle. Partagée entre Condé et Boname, Frais Marais et L'oncle Georges et sa femme, Paris et son Frère, elle aurait bien voulu se fixer près d'Yvonne mais sentait bien que cela ne pouvait être définitif.
Alors qu'elle se trouvait chez sa sœur, celle-ci avait reçu confidence de l'amour que Léon Delsart frère de Cécile éprouvait à l'égard de Noémie. Yvonne en réfère à son frère et ce dernier se déclare hostile à un projet de mariage étant donné le manque de situation de Léon (il poursuit ses études) et surtout sa santé ne semble pas fameuse (il meurt de leucémie en septembre 1901)
Noémie est tenue au courant de la demande de Léon et de la réponse de son frère. La voilà en paix car bonne comme elle est-il lui en coûtait que la situation ne soit pas nette, d'autant plus qu'elle sent son cœur pris ailleurs et un jour c'est elle qui force la réserve de Louis Ferronnière, le frère de Lucien et lui avoue qu'elle l'aime. Amour partagé puisque le mariage a lieu le 17 juillet 1901 à Bruay
Les années de bonheur leur seront mesurées. Mimi a toujours été délicate. Un premier malaise grave l'envoie en juillet 1905 au sanatorium les Pins à Lamotte. Son mari est souvent près d'elle, elle se remet lentement puis a une rechute en février 1906. En juillet suivant elle semble rétablie et rentre chez elle, elle habite Nantes où sont établis Lucien et Yvonne depuis que Lucien a donné sa démission de la marine.
Les années s'écoulent doucement Mimi est heureuse mène une vie calme, sa santé reste fragile. En juillet 1908 après avoir été retenue par la maladie de sa Belle Mère et la naissance du petit Yves chez Yvonne, elle part avec son mari pour la Suisse: Vevey où elle fait quelques promenades en voiture, Interlaken d'où son mari écrit à André de lui ménager un rendez-vous à Paris pour la fin du mois auprès du docteur qui a soigné si heureusement Auguste Carret.
Et puis une purgation malheureuse provoque chez Mimi une violente crise, ils partent pour Evian où le mal ne s'améliore pas et où le médecin appelé en hâte préconise le retour immédiat à Nantes. On ne s'arrêtera donc pas pauvre Mi. Fais comme tu voudras, nous arriverons toujours à lui expliquer ta venue.
Nous sommes bien tristes et bien malheureux, la pauvre Mimi si bonne si affectueuse si aimante nous tient tant à cœur à tous.
Mardi soir 5H30
L'État de Mimi est stationnaire bien qu'elle me paraisse un peu plus lasse ce soir. A bien mangé mais peu dormi, il est vrai qu'elle n'a pas pris de gouttes calmantes. Continue à être aussi calme et tranquille. A demain !
Mercredi 4H30
Nuit pas fameuse, a dormi jusque vers minuit, pas du tout de minuit à 6H où elle a beaucoup toussé et craché, a reposé d'un bon sommeil calme de 6H à8H30 qui lui a fait grand bien. Journée assez bonne c'est à dire calme. Hier soir Mimi était très énervée. Continue à se nourrir assez bien, digestion et fonctions très bien.
Nous sommes rentrés à St Aignan sur le désir de Mimi, reviendrons de suite si état plus alarmant. Je viendrai à Nantes tous les jours.
Jeudi 10 Septembre 5H
Soirée d'hier pas très bonne, Mimi était encore très énervée. Nuit médiocre, Mi toussant beaucoup. Température ce matin 37°3. Sur sa demande on a fait des pointes de feu. Journée plus calme et meilleure, un peu de détente comme dimanche, Mi a plus causé, s'est plus intéressée aux choses de la vie, a désiré que Louis lui lise le journal. Appétit et fonctions toujours bien.
Ce 11 septembre 1908
Comme hier cela ne va pas mal aujourd'hui, Mi a bien dormi cette nuit, c'est elle qui l'a dit, dans la journée elle a beaucoup somnolé sans presque tousser ni cracher, seulement elle a vomi 3 fois depuis cette nuit. Ne crachant pas cela s'amasse et à un certain moment mal au cœur et tout revient. C'est bien ennuyeux que lorsque d'un côté cela va mieux, un autre cloche. Tous ces remèdes pris depuis quelque temps lui ont détraqué l'estomac. J'espère que ce repos de toux va lui faire du bien
Elle est morte le 12 septembre.
10 eme GENERATION
André Louis Joseph Ghislain Defline est né à Bruay sur Escaut le 19 avril 1876. Deux sœurs viennent vite compléter cette famille unie et affectueuse, sa mère est douce, tendre et pieuse, son père actif dynamique, d'une intelligence qui embrasse tous les domaines, il prend en charge l'éducation d'André, très vite, son désir est d'être « son professeur universel >>aussi l'intéresse-t-il à des connaissances variées. Il veille à lui faire rédiger chaque jour ce qu'il a fait et observé et si l'on croit qu'à 4 ans, âge auquel il commence son journal, il écrit sous la dictée, on remarque l'écriture qui s'affermit peu à peu et le style qui change.
Au milieu de cette existence paisible élargie à la présence fréquente de Boname de Condé, sa Grand-Mère paternelle remariée à Louis Rossy et de Boname de Frais Marais sa Grand-Mère maternelle si éprouvée par la mort successive de trois filles, puis de son mari, la mort de sa Maman atteint violemment son cœur de petit garçon sage mais pourtant si sensible le 1 mars 1886.
La mort de sa mère restera liée pour lui à sa première communion faite en juin de la même année. André s'est préparé au collège St Jean de Douai encore tout meurtri de la perte de sa Mère. Une lettre de l'Abbé Mortreux qui l'a suivie tout au long de sa maladie, lettre reçue au jour de sa première communion lui révèle le prix que sa Mère attachait à cette cérémonie qui doit être la rencontre de son petit garçon avec Dieu. Il lui dit qu'elle a accepté malgré son déchirement, la séparation, pour que son fils devienne un chrétien exemplaire. Il affirme la sainteté de sa Mère et la protection qu'elle ne cessera de lui manifester.
<< Si je pouvais vous dire, mon cher enfant, tout ce qu'elle m'a communiqué de tendrement maternel au sujet de votre âme, de votre formation chrétienne, vous sentiriez quelle grâce Dieu vous avait faite en vous donnant une telle Mère. Je ne la revis pas une seule fois sans qu'elle me parlât de vous, sans qu'elle me demandât avec une anxiété que mon âme sacerdotale comprenait, si vous seriez suffisamment préparé pour recevoir votre Dieu, sans qu'elle n'exprimât l'espoir que votre première communion aurait une influence décisive sur votre vie et que vous seriez toujours un bon et fidèle chrétien >>>
Et c'est aussi sa Boname de Frais Marais, dont la foi n'a pas faibli malgré les deuils qui ont décimé sa famille; son mari et ses 4 filles, celle dont une nièce disait « elle a les mains bénissantes » qui de Vichy où elle est en traitement lui écrit à l'occasion de sa confirmation en juillet.
<< Tu dois être digne d'être un véritable chevalier de la foi, le prouvant dans tes actes, dans tes paroles, surtout ne la dissimulant jamais et ne faiblissant jamais contre elle. Tu oseras tout ce qui sera bon vrai chrétien et cela te donnera beaucoup de consolations, quelques soient les épreuves qui te seront réservées >>>
Une grande affection unit le fils et le père. Il commence ses études à la maison sous la direction d'un professeur Mr Bajeux qui instruira aussi ses sœurs et demeurera un ami. Puis il est inscrit au lycée de Valenciennes, son Père qui le fait coucher dans sa chambre est sur pied dès 6 heures du matin pour lui faire repasser ses leçons et, au début, l'accompagner au tramway à vapeur qui fait le trajet Condé Valenciennes et vice versa «je l'ai quitté tout ému >>
A cette époque, André est un enfant tranquille un peu sans gêne, puéril, un peu mou. Son Père va ouvrir son intelligence à une connaissance étendue des choses: Astronomie (on achète une superbe lunette qui permettra l'étude du ciel) Arithmétique, piano, dessin, langues étrangères, sport (natation, bicyclette et plus tard escrime et équitation) et même photo.
Lorsqu'il est reçu à son baccalauréat, son intelligence s'est éveillée, sa régularité dans le travail porte ses fruits, il commence à prendre de l'assurance, son Père l'envoie alors à Paris en octobre 1893 au lycée Louis le grand pour préparer Polytechnique.
Une correspondance s'établit entre Bruay et Paris, très régulière. Il ne nous reste que les lettres de Joseph, celles de ses sœurs n'ont pas été retrouvées Ces lettres montrent l'intimité et la confiance qui régnaient entre le Père et le fils. Joseph adopte le ton d'un aîné s'adressant à un cadet, sur un plan d'égalité tout en témoignant d'une sollicitude dictée par son amour paternel.
Au début il craint qu'André ne se trouve isolé à Paris ; il lui conseille donc de rendre visite aux amis et aux parents dont il lui donne les noms, mais en lui recommandant de rester discret tout en sauvegardant son indépendance. Il lui rappelle les règles du savoir-vivre en matière de visite, s'informe si, plutôt que de tourner en rond dans la cour du lycée, le jeudi, il s'efforce de sortir, de s'intéresser à d'autres choses qu'à ses études, de s'aérer l'esprit, de rencontrer des amis
Lors du baptême de Jean Aubert il lui énumérera puisqu'il est le parrain les obligations qui en découlent, notamment la distribution de boites de dragées mais de qualité différente selon ceux à qui elles sont destinées.
Lors du bal de Polytechnique puisque deux jeunes amies: Marie Debaralle et Charlotte Dombre doivent y aller, qu'il n'oublie pas de les faire danser.
Il lui fait vivre tous les événements de sa petite patrie, lui parle de son activité professionnelle, politique, lui énumère les obligations qui en découlent. Les élections municipales de 1896 ont causé des inquiétudes aux républicains, mais sont apaisées pour Bruay, Condé. << St Saulve est sauvé », St Saulve où se sont retirés les cousins Defline en 1890 après avoir vécu leur vie durant à Condé où ils étaient très liés
Il lui parle de ses sœurs en février Yvonne s'est engagée avec les dames et demoiselles de Valenciennes à chanter à l'hippodrome drome la Jeanne d'Arc de Lempven sous la direction de l'auteur avec le concours des solistes de Paris. En décembre elles ont joué la comédie chez Melle Lefrancq, Yvonne remplissait un rôle masculin avec l'habit à queue, chemise et faux col, elles voient fréquemment des amies, Yvonne va volontiers au bal, Noémie plus réservée ou plus timide s'y refuse plusieurs fois.
On sent Joseph toujours occupé de son fils, accompagné de Yvonne et Mimi il va le voir plusieurs fois à Paris, l'emmène à l'Opéra aux concerts, lui permet d'acquérir une grande culture musicale qu'il entretiendra toute sa vie. Lorsque André doit venir à Bruay son père étudie pour lui les horaires de chemin de fer et les lui communique avec toutes les précisions voulues ; pour se sentir proche de lui, il a élu domicile dans sa chambre que l'on tient chauffée l'hiver, il y travaille, on y prend parfois ses repas, Yvonne appelle cela << dîner au restaurant >>>
Mais comme André doit s'émanciper on l'envoie faire des séjours à Rheydt chez Mr Schaeffer pour perfectionner son allemand. Il va faire des séjours chez des parents et pour continuer la pratique du sport il est admis au concours général d'escrime et y est primé ; de même pratique-t-il la bicyclette et c'est l'occasion pour son père de l'envoyer en acheter une à Paris, mais après qu'on eut bien étudié le meilleur modèle.
André a justifié les appréciations portées par ses professeurs de Louis le Grand << des chances très sérieuses, que l'élève ne néglige rien pour les augmenter. Beaucoup de travail et de bonne volonté >>
Il est reçu à Polytechnique en juillet 1896. Il est classé second, dans son journal Joseph notera que de l'avis d'un des examinateurs il devait être reçu premier, mais on a voulu faire une fleur à Vicaire Inspecteur général des mines, dont le fils classé premier représente la troisième génération de polytechniciens. Mais dans sa correspondance avec son fils on ne trouve que cette remarque «nous avons convenu de ne pas en parler >> Son orgueil paternel est du reste satisfait puisque au cours de l'année André reprend sa place de Major, Vicaire passant au 7eme rang.
A André qui avait dû lui donner un aperçu de ses activités il répond: « Je vois avec plaisir qu'il y a pas mal de distractions à l'école: la manœuvre, l'escrime, l'équitation, la danse, le piano, le vin chaud et le feu qui purifie tout, c'est une belle existence en dehors des choses qui parlent à l'esprit à la réflexion >>>
Un peu plus tard il lui demande « s'intéresse-t-on à la politique, aux journaux? » Lors d'une manifestation d'élèves, peut-être parce qu'il est Major, André avec 7 autres camarades est désigné comme responsable et condamné à la prison, son père lui écrit « Les anciens ont fait des conscrits leurs têtes de turc, vous leur serviez de bouclier, ainsi dans les révolutions les émeutiers mettent en avant les femmes et les enfants > De cette aventure il lui conseille de la prendre par le bon bout, la seule chose qui l'inquiète c'est la répercussion possible sur la cotation et la classement, et il termine cette lettre par une question pleine d'humour: « en dehors des agréments de la prison, comment sont-elles constituées, comment y couche-t-on >>>
Lorsque la maladie se déclare le Père en informe son fils, mais en la minimisant, jusqu'au moment où elle se révèle mortelle et André obtient que son Père remplisse ses devoirs religieux. Janvier 1898 les trois enfants sont doublement orphelins, André est prêt à assumer ses responsabilités.
1898-99 c'est l'école d'application d'artillerie de Fontainebleau. Il prend un appartement pour permettre à ses sœurs de venir le rejoindre
1899-1900-1901 c'est l'école des mines, la révélation de son amour pour sa cousine (issue de germaine) Cécile Delsart, le mariage en octobre 1899 d'Yvonne, celui de Noémie en juillet 1901.
Cécile est la fille de Jeanne Chappuy, cousine germaine de Noémie Chappuy mère d’André. Elle est l'aînée de 4 enfants. Elle-même est née à Calais le jeudi saint 17 avril 1878, trois frères lui ont succédé Eugène né à Calais le 28 avril 1879, Léon né le 17 septembre 1880 et Maurice né le 29 mai 1882 à Calais
Son Père Jules Delsart est notaire et a succédé à son père Auguste. Sa Mère Jeanne fille de J.B. Léon Chappuy, frère aîné de Louis, est une femme très cultivée, originale, d'une grande sensibilité, d'une piété forte qui lui donne une grande maîtrise de soi-même sans pour autant atténuer ce qu'elle ressent intérieurement ; Cécile a reçu l'éducation des jeunes filles de son époque : culture générale, chant, piano, arts. Elle est gaie pas du tout compassée, et, grâce à ses frères ne s'effarouche pas d'avoir des amis masculins.
Jules Delsart faisait partie du conseil de famille constitué lors du décès de Noémie. Jeanne a donc vu fréquemment ses neveux, davantage encore après le décès de Joseph Defline
C'est au début de 1899 que André découvre la transformation de ses sentiments et la naissance de son amour pour Cécile ; il s'en ouvre à la Mère de celle-ci qui, sentimentale éclate de joie et lui envoie une lettre dans laquelle elle exprime son bonheur de ce futur époux, si parfait pour Cécile.
André ne veut rien décider tant qu'il a la responsabilité de ses sœurs. Il est donc convenu de garder le secret, et, pendant deux ans, c'est elle, Jeanne, qui va correspondre avec André, lui traduisant les sentiments de Cécile. Correspondance extraordinaire, ou ne se glisse rien d'équivoque, dans laquelle à mesure que s'écoulent les jours, on voit évoluer l'amour de Cécile en un sentiment plus profond plus absolu.
Pourtant lorsque Jules Delsart avait été averti des projets de mariage, il avait grondé sa femme pour sa légèreté et son imprudence, la disproportion des fortunes rendant selon lui (d'une honnêteté et d'une probité entière) une union impossible et celle-ci avec franchise rendit à André sa liberté :
<< 7 février 1899: Mon mari lui, la raison, la sagesse de la maison
ne comprend pas et me blâme sincèrement d'avoir laissé aller les choses aussi loin, de vous avoir encouragés tous les deux sans vous prévenir auparavant de la situation exacte de Cécile qui lui semblait de nature à vous faire fuir sans envie de vous retourner, voilà la seule cause de la résistance que nous avons sentie et qui existe en réalité. Aussi ne vous fera-t-il aucune avance tout en vous aimant beaucoup, beaucoup. Il n'était certainement pas satisfait de voir Cécile jusqu'à présent parfaitement insensible aux avances des jeunes gens, s'éprendre sérieusement de vous jamais par conséquent il n'a eu à s'expliquer sur la dot de Cécile, ce qui lui est infiniment désagréable ; si vous vous trouvez timide, que penserez-vous de moi qui étais spécialement chargée de vous éclairer là-dessus et qui ne l'ai pas fait. Ce sera ma punition de vous l'écrire et de mêler aux choses du cœur les choses de l'argent. Mon mari ne veut pas s'en occuper prétendant que si je l'avais consulté tout serait comme auparavant et que je n'aurais pas à m'humilier, chose détestable, ni à vous rendre compte de quoi que ce soit. Mais vous avouerez que c'était plus que pénible de vous jeter cette douche glacée et que j'ai pour excuse la peur de vous faire de la peine et je ne tergiverse plus.
Si mon mari devait donner maintenant une dot à Cécile, il ne le pourrait pas! le peu que nous possédons ne peut se déplacer, mon mari a toujours besoin de fonds disponibles, on lui doit de l'argent de tous côtés, nous en avons perdu énormément depuis 10 ans à la suite du crack de toutes les banques calaisiennes d'abord, puis par suite de faibles placements devenus mauvais, dont il s'est rendu responsable. Nous n'avons fait aucun héritage pour ainsi dire et Cécile après nous ne sera pas sans rien ; mais l'éducation des garçons : Eugène, le doctorat, Léon, les beaux-Arts, Maurice, Saint Cyr va nous coûter très cher et pendant longtemps et nous ne pourrons pas faire l'impossible d'ici quatre ans votre Grand-Mère ne sera pas contente. Vous aurez des ennuis à cause de nous et vous savez mes idées là-dessus. Peut-être ferez-vous bien d'y réfléchir, il est encore temps, notre secret est bien gardé, nous jetterons au feu la boite aux secrets et nous conserverons un bon souvenir les uns des autres et même un peu plus >>>
Nous nous doutons de la réponse d'André puisque le mariage a lieu à Calais le 2 octobre 1901, mariage dans l'intimité dont le bonheur est obscurci par les deux deuils qui ont frappé une famille heureuse: Eugène décédé à Nortkerque le 20 juillet 1901, Léon décédé à Briey chez Paul Delsart cousin de son Père le 11 septembre 1901.
C'est en effet le 11 janvier 1920, à l’Age de 44 ans que A.Defline est nommé Directeur Général des mines domaniales de la Sarre. C'est le traité de Versailles qui en a confié la gestion et l'exploitation à la France en compensation des destructions que les Allemands ont opérées dans les mines du Nord de la France.
Les qualités exceptionnelles d'A. Defline vont être révélées : maîtrise de soi, calme dans les circonstances difficiles, jugement sûr, magistral équilibre, son autorité indiscutée, particulièrement sensible à la mentalité des mineurs sarrois. Les circonstances à affronter étaient difficiles exploiter un gisement sur un territoire étranger, au milieu d'une population étrangère ne parlant pas le français, habituée à des procédés de commandement différents et douée d'une mentalité différente de celle des Français. Il fallait en plus faire encadrer cette main d'œuvre par un état-major d'ingénieurs français provenant d'écoles et de bassins différents et faire de cet ensemble hétérogène un ensemble homogène.
André Defline s'impose d'emblée par son calme sa compétence, sa façon de clarifier les problèmes. Il est dans la force de l'âge, beau, imposant, d'apparence froide mais qui masque sa timidité. Ses ingénieurs qui le respectent et qui l'aiment l'ont dénommé « Jupiter olympien >>
Lorsqu'il quitte ses responsabilités, c'est pour retrouver un foyer
paisible, sa femme qui ne vit que pour lui et écarte chez elle tout ce qui peut rappeler ses soucis. Cécile qui vient de rompre des fiançailles heureuses à cause d'une belle mère possessive et acariâtre. La petite Annie qui enchante tout le monde par sa vivacité, sa gaieté, Fraülein chargée de s'occuper d'Annie comme aussi de diriger le personnel domestique, et Mamet (Jeanne Delsart) qui après le mariage de son dernier fils Maurice avec Juliette Malapert le 11 mars 1922, n'a pu supporter la solitude et restera chez ses enfants jusqu'à sa mort. Mamet qui garde pour son gendre une affection pleine d'admiration et ne cessera de le noter dans son journal : « une délicatesse exquise, une patience sereine, le charme infini de ceux qui ont une valeur et qui le savent sans fatuité <<<
La société est variée à Sarrebruck en ces années d’occupation : Corps français des mines, Armée, Gouvernement de la Sarre, Commission de délimitation. Si les ingénieurs et militaires sont français, plusieurs nations sont représentées au gouvernement et à la Commission. L'ensemble est très varié, vivant; classes sociales différentes, mentalités religieuses, philosophiques ou même agnostiques se coudoient dans une tolérance parfaite, chacun restant cependant fidèle à une certaine conception de la vie héritée des siens.
André Defline mène une vie conforme à ses convictions et à la notion qu'il a de l'exemple à donner, il remplit ses devoirs religieux sans ostentation, sa femme donne le ton parmi les familles d'ingénieurs, sans contrainte, elle sait recevoir et reçoit bien. A.Defline préside les manifestations à caractère social; c'est ainsi qu'ayant visité l'exposition du centre ménager, il s'est rendu acquéreur d'un pâté en croûte jugé assez bon pour que son auteur, une certaine Paule Viotte (fille du Général Camille Viotte en garnison à Sarrebruck) mérite des félicitations qui lui seront envoyées sur l'heure, à son grand émoi.
C'est toute la famille, y compris André, le fils aîné jeune ingénieur sorti de l'école des mines de Nancy et ingénieur aux mines de Sarre et Moselle, qui s'est régalée. André a remarqué Paule dans les réunions, il sait ce qu'il veut, les fiançailles (plus exactement le oui) se feront le 15 avril 1927.
Un peu plus tard Cécile fera la connaissance de René Moissonnier qu'elle épousera le 13 novembre 1928.
La gestion des mines de la Sarre se révèle bénéfique puisque lorsque en 1929 A.Defline donne sa démission il laisse un excédent de recettes ; ce qui a permis de dire que c'est la seule entreprise nationalisée qui ait fait du bénéfice. Il est vrai qu'il avait dépassé d'un demi-million de tonnes le chiffre record de l'exploitation d'avant-guerre et avait atteint la production annuelle de 13 millions de tonnes, tout cela en ayant réalisé les trois objectifs qu'il s'etait fixé au départ :
- Augmenter la production en diminuant le prix de revient
- Améliorer les conditions d'existence et de sécurité des ouvriers
- Préparer le gisement pour les années à venir
Car cet homme du Nord qui a vu détruire le bassin minier du Nord de la France en 1914 aurait tenu pour un crime contre le patrimoine naturel dont les nations sont responsables vis à vis de l'humanité, le gaspillage du gisement par une exploitation brutale.
Il avait été promu officier dans l'ordre de la Légion d'honneur à titre civil le 2 février 1922, l'Académie des Sciences lui avait décerné en 1923 le prix Joseph Labbé destiné aux pionniers de la géologie appliquée.
En 1929 il est nommé au grade d'inspecteur général des mines, c'est cette même année qu'il donne sa démission de l'administration et postule à la direction des mines de Courrières dont le Directeur Monsieur P. Guerre vient de mourir. Il est nommé. Nouvellement installé, faisant avec succès ses preuves, il est porté par ses collègues à la Présidence de la Chambre des Houillères à la suite de la démission de Mr Cuvelette. Deux années de suite il accepte en plus la Présidence du Comptoir des Mines du Nord et du Pas de Calais.
En 1936 à ce titre il eut à négocier avec les ouvriers les nouvelles conventions de travail et réussit à les mener à bien. Mr Laurent Directeur des mines de Marle évoquera cet épisode aux obsèques de A.Defline le 12 mars 1945 << plusieurs d'entre nous se souviendront toute leur vie d'une certaine séance de nuit où, par sa ténacité et son sang-froid, il parvint à mettre sur pied les termes d'un accord que les plus optimistes désespéraient de voir aboutir >>>
Jusqu'en 1940 vie professionnelle et vie familiale se déroulent paisibles. Très vite après son retour dans le Nord il a désiré le retour de ses ménages André et Cécile. Jean encore célibataire s'est tourné vers l'agriculture et a une ferme a Gorenflos dans la Somme. Annie, elle, suit des cours à Douai à l'Institution Sainte Clotilde.
Un poste se trouve libre auprès de Mr Huret Directeur du service commercial des mines d'Ostricourt. A.Defline le signale à son fils qui a épousé Paule Viotte à Metz Bau St Martin le 29 décembre 1927. Il est présentement ingénieur du fond à Merlebach et père d'un petit Jacques né le 8 mars 1929 et d'accord avec lui A.Defline le fait embaucher en octobre 1930.
De même signalera-t-il à son gendre René Moissonier qui a épousé Cécile le 13 novembre 1928 à Sarrebrück et se trouve présentement aux aciéries d'Hagondange, Un poste vacant aux aciéries d'Isbergues.
Le 13 septembre 1932 Jean épouse Licette Lanvin d'une famille du Nord dont les parents ont une culture dans la Somme.
Les petits enfants arrivent nombreux à Jacques s'est ajouté Xavier le 7 janvier 1931, Marc le 19 mai 1932, Philippe le 1 janvier 1934, Yves le 11 mai 1935, Guy le 10 novembre 1936, chez André et Paule. Ainsi que Claude le 18 août 1934 et Annick le 3 avril 1939 chez Jean et Licette.
En 1930, lui est attribué le prix Léonard Danel.
Tous les dimanches la propriété de Billy Montigny se remplit de vie avec l'arrivée des André Defline, un peu moins souvent des Jean retenus par leurs occupations et par la distance, de Cécile et René qui n'ont pas d'enfants et s'en désolent.
Le Grand Père est un tendre grand père, tendrement aimé de tous ses petits enfants qui ne se doutent nullement que celui à qui l'on peut tout demander, sur les genoux de qui on s'installe sans façons pour fourrager dans ses tiroirs est par ailleurs un Monsieur si important qui règne sur une population laborieuse et nombreuse et dont les responsabilités sont lourdes.
Jusqu'en 1936, chaque année on se retrouvait pour l'été dans la maison de Calais pour y passer les vacances. Après l'établissement des congés payés il avait été question de transformer un certain nombre d'usines de dentelle fermées par suite de la crise en hôtels ou appartements pour les mineurs en vacances.
A. Defline avait résolu de rechercher un autre lieu de villégiature et avait fixé son choix sur une double villa Neptune et Amphitrite sur la digue à Wissant. C'est là que désormais tous se retrouveront l'été et que l'hiver 39-40 y naîtra Marie Cécile Defline le 10 octobre 1939. Les deux familles s'y étant réfugiées.
Comme à Bruay A.Defline aimait élargir le cercle de famille, on entretenait des rapports constants avec l'oncle Georges Chappuy résidant à Douai, il y a les Ferronnière, les Aubert, les cousins de Condé à qui l'on écrit à l'occasion des vœux, et puis les Ceyrac cousins éloignés par les Martin (qui viennent séjourner à Billy) dont au moins un fils semble s'intéresser à Annie.
Arrive la guerre et d'abord la drôle de guerre de 1939. A.Defline pense que les premiers bombardements seront pour les mines. Il décide d'installer sa femme, Annie et Fraülein (Emily Klatt) à Wissant et conseillé à son fils d'y laisser sa famille.
Mai 1940 l'offensive allemande est foudroyante, tandis que Mme Defline Annie Cécile et Fraülein se réfugient à Tours (chez Mme Moissonier mère) pour aboutir ensuite à Pompadour puis à Meyssac chez les Ceyrac ou s'ébauchera l'amour de Bernard Ceyrac pour Annie.
Paule, ses 7 enfants et deux bonnes sera conduite en voiture jusqu'à Caen où ils passeront une semaine avec Madeleine Ferronnière, puis à Tours prés de Mme Defline où ils passeront encore une semaine, pour repartir sur Lorient Larmor pour rejoindre les Houël et les Viotte.
André Defline à son poste assiste à la débâcle de l'armée française, l'exode de la population, la fuite des Autorités les médecins ont disparu, les commerçants enfuis, les ordres succèdent aux contre-ordres. Tant qu'il est possible d'assumer une responsabilité les Directeurs de compagnie des houillères se concertent, agissent de commun.
Le 21 mai Monsieur Friedel, ingénieur en chef du corps des mines qui contrôle les mines autorise l'évacuation des mines de Courrières. Les ingénieurs et employés, informés se mettent de suite en route.
A.Defline part à son tour le dernier avec un de ses adjoints Mr Faivre; il a l'intention de passer la Somme aux environs d'Abbeville, mais les allemands y sont déjà, il remonte vers le Nord, fait étape à Wissant où il retrouve son fils André et plusieurs ingénieurs, après une semaine passée dans les villas les Cigognes et Neptune, devant la menace allemande de fusiller tous les hommes qui ne sont pas de Wissant, ils repartent, font un arrêt de quelques jours à Yeuse puis rentrent.
Les allemands sont les maîtres partout, les Directeurs de compagnies se concertent pour leur présenter un front uni. A.Defline accepte d'être membre du comité d'organisation des Houillères et à nouveau Président de la chambre des Houillères du Nord et du Pas de Calais, présidence qu'il assumera jusqu'à la fin, son rôle fut difficile.
<< Il fallait à la fois suivre les directives du Comité d'organisation et, dans la mesure du possible, éviter les conflits avec les autorités occupantes, il fallait embaucher tous les ouvriers qui se présentaient pour éviter leur départ en Allemagne, par contre il était évidemment essentiel de ne pas pousser la production et de préparer le gisement pour l'époque de la délivrance; et cependant il était nécessaire de faire assez de charbon pour permettre de payer et aussi de faire vivre les ouvriers occupés à la mine....... Dans ce rôle redoutablement difficile Defline fut comme toujours l'homme de la prudence et de la mesure et l'action qu'il exerça en tant que Président eut ce résultat que la politique du bassin fut jugée satisfaisante et permit à un ministre d'affirmer que pendant l'occupation les dirigeants des mines du Nord et du Pas de Calais avaient fait leur devoir <<<
(extrait du discours de Mr Laurent Directeur de Marles lors des obsèques)
Les années passées en Sarre lui avait permis de bien connaître les Allemands. Il sait que pour être respecté il faut se prévaloir de ses titres et fonctions. Ayant reçu un matin l'ordre de se présenter dans les heures qui suivent à Lille devant les autorités allemandes chargées des affaires des mines, il fait répondre que l'emploi du temps du Directeur général des mines de Courrières est établi pour la journée et qu'il ne peut le modifier, il faudra donc attendre le lendemain pour qu'il puisse se déranger. Aucune réaction des Allemands.
Mais il est sans illusion sur les dangers qu'il court : pendant toute la durée de la guerre un sac rempli d'objets de première nécessité sera prêt dans sa chambre pour le cas où l'on viendrait l'arrêter.
Il n'est plus seul chez lui. Sa femme qui voyait avec inquiétude naître l'amour dans le cœur de sa fille Annie lui avait écrit de venir les chercher. Ne sachant encore quel serait le régime dans les mines, A.Defline a installé Mère et fille à Paris dans un appartement meublé rue Spontini. C'est là que Annie épouse Bernard Ceyrac le 15 novembre 1941 et part avec lui pour Meyssac où Bernard doit travailler dans l'étude de son Père
C'est alors que Mme Defline insiste pour revenir à Billy et les petits Defline qui habitent Lille maintenant retournent avec bonheur faire des séjours dans ce lieu enchanteur qu'est pour eux Billy Montigny.
Le service du travail obligatoire pour l'Allemagne ayant été institué Bernard Ceyrac qui est concerné se fait embaucher dans les mines. Mère et fille se retrouvent avec bonheur.
A.Defline attend avec confiance la victoire alliée, il a eu, surtout dans les derniers mois, des contacts avec les résistants, leur a apporté son aide et sa collaboration tout en les mettant en garde contre les imprudences Il ne croyait pas possible le déferlement de violences qui précéda et suivit l'arrivée dès qu’il sortait de sa plume avait un caractère de précision et de définitif qu'il était difficile d'égaler. D'une extrême courtoisie, d'une imperturbable bonne humeur, il savait observer les gens et remettre les choses au point avec une bonhomie à la fois fine et convaincante, ses avis étaient toujours empreints de la plus profonde sagesse et il possédait à un suprême degré la longue expérience des hommes et des choses qui caractérise ceux qui sont destinés à créer autour d'eux la confiance >>>
Les témoignage d'estime et d'admiration affluent après sa mort:
« Il était de ces hommes parfaits et si rares où la bonté et la courtoisie s'alliaient à la science et à l'intelligence » Pierre Pruvost professeur à la Sorbonne.
<< C'est un grand Français et un grand bourgeois qui disparaît. Il avait été habitué à ces vieux principes qui le poussaient à faire toujours honneur à sa signature et à respecter les autres comme il se respectait lui-même. Sa droiture parfaite, son hon sens, sa sagesse, sa dignité à l'abri de tout soupçon en faisaient un être exceptionnel » (Adolphe Lefrancq)
<< Sa fermeté d'âme dans les épreuves, son élévation de pensée étaient un exemple qui ne peut s'oublier >> (Mr Scherrer ingénieur en chef de Courrières)
« Il vit venir la mort avec le calme qui était le trait dominant de son caractère. Jamais une plainte ne sortit de ses lèvres. Il savait regarder en face ce qu'il ne pouvait éviter >> (Mr Mangez chef des services administratifs de Courrières)
<< Il n'est pas téméraire de saluer en lui un des bons serviteurs qui ont affronté les difficiles devoirs avec l'unique souci de servir Dieu et leur pays >>> (Monseigneur Duthoit évêque d'Arras)
En même temps que sa sœur Cécile, A.Defline fils invitait sa tant Caro (Caroline Carret) à venir passer un moment auprès de leur Mère complètement désemparée par la disparition de celui qui représentait tout son univers. Cette femme frêle, toujours souffrante, un peu puérile sut montrer une énergie qui lui permit de continuer à vivre bien que ses raisons même de vivre eurent disparu.
La maison achetée à Arras fut vendue, une autre située place du Barlet à Douai fut achetée et Mme Defline s'y installa avec sa fidèle Fraülein, ayant le grand bonheur d'avoir près d'elle le ménage de sa fille Annie. Bernard Ceyrac avait été embauché au service contentieux des houillères. Il y restera jusqu'en 1946, date à laquelle il partira à Paris aux Charbonnages de France, puis en 1947 aux houillères du bassin du centre à Clermont Ferrand.
Madame Defline terminera sa vie à Douai attristée par la mort de Fraülein (Emilie Klatt) en décembre 1959, effrayée par un incendie qui la fera vivre 18 mois chez son fils André en attendant la remise en état. Elle y retournera pour accueillir Cécile et René en retraite. Après la mort de Cécile le 10 août 1962, René restera encore un peu puis la quittera pour la maison de Joué les Tours où il meurt le 3 novembre 1972.
Madame Defline meurt le 7 mai 1968 à Douai.
Famille Delsart
par Paule Viotte

Histoire de la famillle Delsart
Une famille de mulquiniers à l'origine
L'industrie textile, comme de nos jours, est instable. Pendant les années de misère (1739-1740) le nombre des métiers est considérablement réduit, nombre de mulquiniers n'ont plus de travail.
La fabrication s'est-elle relâchée ? Un édit de Jean MOREAU chevalier seigneur de Sechelles ; conseiller du Roi en tous ses conseils Maistre des requêtes ordinaires de son hôtel, Intendant de Justice, Police et Finances de la province du Hainaut, pays d'entre Sambre et Meuse et d'Outre-Meuse, publie le 18 octobre 1729 fixe la longueur et la largeur des pièces, le nombre Il sont originaires de Valenciennes. Les premiers connus le sont grâce à l'étude des archives paroissiales. Nous apprenons qu'ils sont « mulquiniers « C’est a dire tisseurs et marchands de toiles fines, baptiste, linon. Qu'ils font partie d'une corporation vivante et puissante. En 1741 le nombre de pièces de toile produites à été de 40.742.
Ils ont leur qua1tier, c'est a dire que Ies fabricants tisseurs et commençants, par commodité probablement se regroupent dans une même partie de la ville. Tous les Delsart dont nous relevons la naissance, le mariage ou le décès sont de la même profession : mulquiniers (maitres ou ouvriers) et sont paroissiens de la même paroisse St Nicolas.
Cette corporation a sa chambre de commerce, elle est régie par des règlements très stricts et soumise à l'autorité de !'Intendant General par l’intermédiaire d'un Délégué.
L'autorité de !'Intendant ne s'exerce qu'après avoir entendu les représentants de la corporation et tenu compte de leur avis.
La chambre de commerce de Valenciennes vante la supériorité de ses toiles sur celles de Douai Cambrai et autres villes. Elle défend avec âpreté.
L’appellation d’origine de ses toiles dont elle vante Ia finesse et Ia blancheur ; lorsque le Roi veut autorise la libre circulation des toiles d'une ville à l'autre.
Elle prédit le chômage et la perte de la manufacture de Valenciennes. (12 septembre 1729) des fils, prescrit de n'employer aucune matière ou ingrédient pour les plaquer, cirer ou gommer (ce qui a pour objet d'en couvrir les défauts) et indique que Jes tissus doivent être blanchis sur pré entre mars et septembre. Les pièces seront marquées au sceau de chaque fabricant et vérifiées au bureau par un commis assiste d'un échevin et d'un commerçant.
En 1756 toutes les chambres de commerce de France protesteront auprès du Garde des Sceaux a cause de la suppression du monopole du commerce avec les Iles, ceci pour permettre le commerce avec l'Angleterre.
Les Delsart sont très nombreux au 18° siècle, se marient dans la même corporation ; nous n'avons pu établir des liens de parenté certains entre eux tous.
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